Madrid, 28 mai 1980
Le 28 mai 1980, au Santiago Bernabéu de Madrid, Nottingham Forest entre sur la pelouse pour défendre son titre de champion d’Europe. En face : le Hambourg SV de Kevin Keegan, Ballon d’Or en titre. Tout le monde attend le duel entre le génie anglais et ses anciens compatriotes. Personne n’attend ce qui va se passer.
À la 20e minute, John Robertson récupère le ballon sur la gauche. L’ailier écossais, que Brian Clough décrivait comme « un gros bonhomme en survêtement » quand il l’avait découvert, ajuste une frappe du gauche qui file dans le coin du filet de Rudi Kargus. 1-0. C’est le seul but du match. C’est suffisant.
Derrière, Peter Shilton réalise un récital. Parade après parade, il repousse tout ce que Hambourg lui envoie — y compris Horst Hrubesch, entré en seconde période pour forcer le verrou. Le verrou ne cède pas. Forest est champion d’Europe pour la deuxième fois consécutive.
L’exploit est d’autant plus remarquable qu’il se fait sans Trevor Francis — le premier footballeur britannique à un million de livres, héros de la finale 1979 à Munich, mais blessé au tendon d’Achille pour cette édition 1980. Forest devait compter sur ses forces collectives. Sur la discipline de Clough. Sur le génie discret de Robertson. Sur l’inébranlable Shilton.
Le parcours européen de cette saison-là raconte la même histoire : des adversaires sur le papier moins prestigieux (Östers IF, Argeș Pitești, BFC Dynamo), puis l’Ajax d’Amsterdam en demi-finale — une équipe qui avait inscrit 30 buts dans la compétition. Forest les bat 2-0 à domicile, puis résiste à Amsterdam. Le schéma est toujours le même : solidité, patience, un éclair de génie.
Ce maillot jaune, c’est celui des déplacements européens. Celui que Forest portait quand il allait conquérir le continent loin de la chaleur du City Ground. C’est le maillot d’une équipe qui, trois ans plus tôt, jouait en deuxième division. Une équipe dont la légende se résume en une phrase de son manager, prononcée après Munich en 1979 :
« One-nil. Pass me the European Cup. Thank you very much. »
L’année suivante, à Madrid, Clough n’a même pas eu besoin de changer la formule.















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